Second volet d'une trilogie commencée par "La plaisanterie" et qui s'achève avec "La valse des adieux". Prix Médicis étranger 1973. Le héros est une sorte de Rimbaud "materné", médiocre aussi bien dans le rôle de bourreau que de victime, pris au piège de la "révolution" communiste. Postface, p. 397-405, écrite en 1978 (Lire Kundera c'est adopter le point de vue de Satan sur toute connaissance: politique, amour, histoire, poésie). Oeuvre majeure.
Je sais que tu as toujours été un type droit et que tu en es fier. Mais pose-
toi une question : Pourquoi dire la vérité ? Qu'est-ce qui nous y oblige ? Et
pourquoi faut-il considérer la sincérité comme une vertu ? Suppose que tu
rencontres un fou qui affirme qu'il est un poisson et que nous sommes tous des
poissons. Vas-tu te disputer avec lui ? Vas-tu te déshabiller devant lui pour
lui montrer que tu n'as pas de nageoires ? Vas-tu lui dire en face ce que tu
penses ? Eh bien, dis-moi ! Son frere se taisait, et Edouard poursuivit : Si
tu ne lui disais que la vérité, que ce que tu penses vraiment de lui, ça
voudrait dire que tu consens a avoir une discussion sérieuse avec un fou et
que tu es toi-meme fou. C'est exactement la meme chose avec le monde qui nous
entoure. Si tu t'obstinais a lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que
tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d'aussi peu
sérieux, c'est perdre soi-meme tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne
pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-meme fou.
Tomas et Teresa sont les deux pôles du roman. Faut-il choisir de porter le poids du passé sur ses épaules, comme Teresa qui ne peut se passer de la Tchécoslovaquie, qu'elle a pourtant fuie après le Printemps de Prague, de même qu'elle ne peut vivre sans Tomas, ce mari qu'elle chérit d'un amour jaloux et, par là, à jamais insatisfait ? Ou bien faut-il préférer à cette pesanteur la légèreté de l'être qui caractérise Tomas et Sabina, la maîtresse amie qui seule peut comprendre le médecin séducteur explorant les femmes comme s'il disséquait des objets d'étude au scalpel ? Ne sachant quelle orientation est la plus supportable, le roman offre tour à tour le regard des différents personnages. Même le chien Karénine a droit au chapitre. Mais ce ballet incertain teinté d'irréalité apparaît vite comme une interrogation dialectique qui oscille entre réflexion et délire poétique pour aboutir à la conclusion que la pesanteur et la légèreté, pareillement insoutenables, ne procèdent jamais d'une décision véritable. --Sana Tang-Léopold Wauters
L'escadron blindé raconte la vie d'un soldat tchèque en 1953, c'est-à-dire en plein stalinisme. Cette chronique - ou plutôt cette farce - fait revivre un monde où rien d'humain ne survit plus que dans l'humour ou dans les désirs sans limites de la jeunesse. Cette satire s'inscrit dans la ligne des aventures du Brave Soldat Chveik.