Une petite fille, Lucie Daubigné, vit une enfance paisible et heureuse dans un village du Berry, au cœur des landes et des marais peuplés d'oiseaux, d'insectes, de crapauds et de fées invisibles. Les voix des bêtes, du vent et des légendes restées vivantes tissent le chant de la terre. Un chant plein de douceur. Mais le calme bonheur du lieu et de l'enfance est soudain brisé. Un ogre rôde dans le pays, avide de corps de petites filles. La douleur et le deuil se lèvent sur son passage. Lucie devient la proie de l'ogre. Mais celui-ci ne la tue pas, comme ses autres victimes, il détruit peu à peu en elle l'innocence, la joie de vivre, l'amour et la bonté. Lucie, rongée par son secret de honte et de souffrance, se transforme en une créature maigre, laide et haineuse. Elle s'ensauvage. Le chant de la terre devient un chant de guerre et de vengeance. Armée de la seule force de son regard, l'Enfant Méduse entreprend le combat de l'ogre. Lucie vaincra, mais ni la paix, ni l'innocence ne lui seront rendues. La douleur, la violence et la haine ont pris trop profondément racine en elle. Il faudra longtemps à Lucie, très longtemps, pour réapprendre à vivre en paix avec le mal, avec les autres et elle-même. Dans cette traversée du mal, tout prend un sens : la lumière, les fleurs, les insectes, les larmes. Et la nature, les bêtes, les astres s'unissent pour accompagner la solitude des hommes et la détresse d'une enfant.
Sylvie Germain Livres
Initialement formée à la philosophie analytique, cette auteure s'est sentie attirée par le pouvoir narratif, déplaçant son attention de la pensée abstraite vers les mondes évocateurs de la fiction. Sa prose est profondément connectée à la terre, puisant dans la mythologie et le folklore de son éducation rurale pour explorer des thèmes bruts et élémentaires. Elle aborde chaque œuvre comme une tentative de comprendre et d'articuler une image ou un rêve obsessionnel singulier, privilégiant la cohérence personnelle à la grande création de mythes. Son écriture évoque un profond sentiment de lieu, reliant les lecteurs à la terre, à ses habitants et au monde naturel.







Ludvík M. avait quitté Prague quand son pays souffrait d'une "cécité de l'âme". À l'Ouest, il avait connu un grand amour avec Esther. Puis Esther l'avait trahi et il s'était ensuivi un exil à rebours. Il était revenu à Prague. Là désormais, tout devient étrange, se pare d'irréalité. Tandis que celui qui fut son maître très admiré dans sa jeunesse, Joachym Brum, entre en une longue agonie et ne meurt qu'au jour qu'il a choisi, Ludvík ne cesse de faire des rencontres insolites. Au restaurant, à la Caisse d'Épargne, chez un kiosquier ou à l'hôpital, tous ses interlocuteurs lui tiennent des propos étranges où constamment revient le thème du sel, symbole de pureté, d'innocence, et aussi de feu intérieur, des larmes et de l'offrande à Dieu, lequel s'obstine ici dans un troublant silence. Mais l'irréalité croissante qui s'engouffre dans sa vie révèle en fait à Ludvík un surcroît de réalité, et à l'ombre du grand Rabbi Loew il retrouve enfin le goût du sel de la vie qu'il avait si longtemps laissé s'affadir.
Le premier mort de l'après-guerre est un enfant. Petit-Tambour, tué dans la forêt au cours d'un accident de chasse. Et cette enfance qui a perdu son corps se fera don, - un don obscur de douleur et d'espoir, aux vivants et aux morts à venir, ainsi qu'aux arbres. Un grand if se met en marche pour prendre racine sur sa tombe ; le tourbillon de baies, que sèmeront ses branches emportera Pauline, la mère, et le père, Baptiste, s'effacera doucement au fil des larmes sans fin versées par son corps qui sans elle ne peut vivre. Alors le second fils, Charles-Victor, dit Nuit-d'Ambre, livré à l'abandon, se voudra habité par la colère et la haine. Le roman est l'histoire de ce voyage au bout du mal jusqu'à ce que, comme Jacob dans la Bible, il soit enfin terrassé par l'Ange. Après Le Livre des Nuits, Sylvie Germain nous offre ici une oeuvre foisonnante d'épisodes étranges, dont chaque page semble traversée par un souffle d'Apocalypse et où, comme le dit Schelling, "la vérité redevient fable et la fable vérité" .
En l’espace d’une semaine, Aurélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître. Il est de plus en plus hors champ, perdant jusqu'à sa voix, son odeur et son ombre. Au fur et à mesure de cette genèse à rebours, il sort aussi de la pensée et de la mémoire des autres, même de ses proches. Cet effacement intensif s'opère au grand jour, dans l'agitation de la ville, à l'aune de tous ces naufragés qu'on ne regarde plus et qui ne comptent pour personne.
Le roman d'une mémoire familiale, collective et archaïque. Une fable tragique, un "conte fantastique porté par un lyrisme à vous couper le souffle", "qui nous rappellerait l'échec d'une culture européenne et chrétienne à travers les guerres du dernier siècle : 1870, 1914, 1939" (J. Royer, "Le Devoir", 19 octobre 1985, p. 19, 22). Un livre riche en mythes et en archétypes. Selon J. Folch-Ribas, dans "La Presse" du 9 novembre 1985, p. E3, cette tragédie en prose est l'oeuvre d'un "écrivain qui semble un médium."
Dans les forêts du Morvan, loin du monde, vivent bûcherons, flotteurs de bois, bouviers, des hommes que les forêts ont faits à leur image, à leur puissance, à leur solitude, à leur dureté. Même l'amour, en eux, prend des accents de colère - c'est ainsi par excès d'amour que Corvol, le riche propriétaire, a égorgé sa belle et sensuelle épouse, Catherine, au bord de l'eau - et la folie rôde : douce, chez Edmée Verselay qui vit dans l'adoration de la Vierge Marie ; ou sous l'espèce d'une faim insatiable, chez Reinette-la-Grasse ; ou d'une extrême violence, chez Ambroise Mauperthuis qui se prend de passion pour Catherine, qu'il n'a vue que morte, et qui s'empare de son corps, puis des biens de Corvol, enfin des enfants de Corvol. Il finira par perdre sa petite-fille Camille, le seul être qu'il ait jamais aimé, par excès d'amour, encore.
Tobie des marais
- 264pages
- 10 heures de lecture
Un petit garçon en ciré jaune roule sur son tricycle sous l'orage. On dirait un soleil miniature. On lui a crié " Va au diable ! " et il y file, chassé par le vent du malheur. Ce dernier a une longue histoire dans la famille de Tobie où tant de morts sont restés sans sépulture, jusqu'à sa mère qui, victime d'un accident, vient de perdre la tête, au sens propre du terme. Sur l'enfant à demi orphelin veille son arrière-grand-mère Déborah qui a traversé l'histoire du siècle et l'Europe, de sa Pologne natale jusqu'au marais poitevin. Elle est une passeuse à la fois de mémoire et d'espérance. Puis un autre ange gardien accompagnera Tobie devenu jeune homme, Raphaël le nomade, qui lui révélera la force de l'amitié, et aussi celle de l'amour, en lui faisant rencontrer Sarra qui porte sa beauté comme une malédiction. Mais Tobie parviendra à briser tous les sortilèges qui pesaient sur les siens. Pour raconter cette histoire de délivrance riche en merveilleux et en émotions, Sylvie Germain s'est librement inspirée du célèbre récit biblique, le Livre de Tobie.
Les Bérynx : une famille ordinaire, avec son patriarche autoritaire, ses mères affairées, ses enfants fragiles, ses secrets non partagés et son lot de drames. Et il y a Pierre, qui vient de se greffer sur cette famille comme une sorte d'ange gardien dont on ignore presque tout, homme à tout faire, mais aussi à tout défaire. Jusqu'au jour où il disparaît sans laisser d'autres traces que les brèches qu'il a ouvertes en chacun.Roman des origines autant que de la construction de soi, L'Inaperçu , comme Magnus , fait coexister le plus sombre de l'Histoire et des tragédies individuelles avec l'imprévisible, la puissance de l'imaginaire, les rêves les plus fous, tout ce qui échappe à l'emprise du temps et permet d'inventer son destin.
Magnus
- 263pages
- 10 heures de lecture
Un roman émouvant sur la quête d'identité de Magnus, un orphelin. Après avoir longtemps réprimé ses souvenirs d'enfance, il commence à les reconstituer, évoquant la bombardement de Hambourg en 1943 et ses parents nazis. Peut-il faire confiance à ces images ? Musso explore le thème du voyage dans le temps et de la rencontre avec soi-même.
Autour de Prokop Poupa, professeur de littérature réduit à l'état de balayeur dans les rues de Prague, évoluent quelques hommes et femmes marginalisés par la dissidence. Chacun, par dérision, imagine qu'un dieu Lare veille sur lui. L'un le situe dans sa cuisine, un autre sur le balcon, au grenier ou à la cave ; Prokop, lui, place son dieu Lare dans les cabinets qui deviennent un haut lieu de lecture, de méditation et de doutes. Arrive la révolution. Certains de ses amis retrouvent une place, voire de l'importance, dans la nouvelle société ; pour d'autres, il est trop tard. Prokop, lui, dérive hors de ce clivage entre l'ancien et le nouveau, il erre en solitaire dans les immensités du songe, de la folie humaine, et du silence de Dieu, jusqu'à s'échouer parfois dans des rêveries hallucinées sur la douleur de ceux qui ont été déchus du bonheur d'aimer, et plus encore sur le malheur de ceux qui ont été traîtres à l'amour. Toujours déambulant dans les rues de sa ville, entre le vide et l'espérance, Prokop ne sait plus rien sinon qu'il n'est rien, et ce constat est consentement ; il "offre ce rien dans les ténèbres", au fond desquelles peut-être gît l'inespéré.
Folio: Chanson des mal-aimants
- 269pages
- 10 heures de lecture
La narratrice, abandonnée à sa naissance à la porte d'un couvent, vagabondera au fil des ans d'une place à l'autre, à travers la France. C'est comme si elle n'avait pas de vie propre, mais elle participe intensément à celle des autres et aux drames dont elle est le témoin, sondant toujours plus profondément les mystères du cœur et du corps humains en lesquels rôde si souvent la folie. Elle grandit dans les Pyrénées, chez la veuve d'un fusillé, parmi des enfants qui attendent en vain le retour de leurs parents chassés par la guerre, puis dans une auberge où l'on pratique un culte étrange et truculent de l'ours, ensuite dans un manoir où pèse un secret en forme de cruelle mascarade. Devenue adulte, elle est servante dans divers hôtels, dans un bordel champêtre, dans un bistrot de gare, puis à Paris où elle côtoie des gens insolites, parfois inquiétants, et où elle finit chanteuse de rue, attelée à un orgue de Barbarie. Dans la splendide sauvagerie des montagnes et dans celle, bien plus féroce, de la ville, elle ne cessera de creuser et de fortifier sa solitude, ainsi que son don de compassion. La façon dont l'auteur donne la parole à cette paria surprend par la beauté des images, la fulgurance des visions, la violence de certaines scènes, et l'on retrouve la magie de l'écriture et de l'imagination du Livre des Nuits et de Jours de colère.
La pleurante des rues de Prague
- 128pages
- 5 heures de lecture
«Cette inconnue, qui donc est-elle ?Une vision, elle-même porteuse, semeuse de visions.Une vision avare de ses apparitions. Elle ne s'est montrée que peu de fois, et toujours très brièvement. Mais chaque fois sa présence fut extrême.Une vision liée à un lieu, émanée des pierres d'une ville. Sa ville. - Prague. Jamais elle n'a paru ailleurs, bien que certainement elle en ait le pouvoir.Cette femme n'a ni nom, ni âge ni visage. Peut-être en a-t-elle, mais elle les tient cachés.Son corps est majestueux, et inquiétant. Elle est immense, une géante. Et elle boite fortement.»Sylvie Germain.
Céphalophores
- 158pages
- 6 heures de lecture
«Tous ceux et celles que l'amour a saisis, et qui s'en vont transis de la pensée de l'autre, ardés par le regard de l'autre, marchent ainsi en somnanbules. Ils ont la tête ailleurs, comme on dit. Leur front est resté lové dans la chaleur et dans l'odeur du cou de l'autre, appuyé contre son épaule. Ils, elles, portent leur tête en offrande à l'aimée, à l'élu, à moins que ce ne soit la tête de l'autre qu'ils, elles, portent ainsi en très secrète et tendre procession.Oui, on a vraiment la tête ailleurs lorsqu'on est amoureux, - alors, quand c'est pour l'Éternel que l'on s'est enflammé, on a la tête infiniment ailleurs. On est un funambule, avec, en guise de balancier, son cœur en bandoulière et sa tête épanouie tel un bouquet de fleurs de mai.Tous ceux et celles que l'amour a ravis sont des céphalophores, des êtres en proie à une miraculeuse catastrophe.»Sylvie Germain.
Bohuslav Reynek v Petrkově
- 96pages
- 4 heures de lecture
Dílo francouzské spisovatelky Sylvie Germainové (1954) je v literárním světě vysoce oceňováno a překládáno do mnoha jazyků. V Paříži vystudovala filozofii u profesora Emmanuela Lévinase Její prvotina, román Kniha nocí (česky 1997), byl odměněn šesti literárními cenami, velkou pozornost vzbudila i jeho dvě samostatná pokračování, Jantarová noc a Dny hněvu (česky 1995). V letech 1986-1993 působila na francouzském lyceu v Praze. Tomuto městu věnovala v roce 1992 do češtiny dosud nepřeloženou knihu Le Pleurante des rues de Prague (Plačka pražských ulic). V roce 1996 napsala předmluvu k dvojjazyčnému vydání básnické sbírky Bohuslava Reynka Le serpent sur la neige - Had na sněhu. Knihu Bohuslav Reynek v Petrkově: Poutník ve svém příbytku vydala v roce 1996 ve francouzském nakladatelství Christian Pirot s fotografiemi Tadeusze Kluby. Česky toto esejisticky laděné zamyšlení nad osudy dvou velkých umělců vyšlo poprvé v roce 2000 v překladu Petra Turka. Druhé vydání v nakladatelství Petrkov vychází v nové grafické úpravě s fotografiemi Daniela Reynka.
V románu Tobiáš z blat, volně inspirovaném biblickou knihou Tobiáš, sleduje autorka osud ženy, která jako mladá dívka odešla z chudého Polska a poté, co ji Amerika nepřijala, se usadila ve Francii, ve Vendée, v krajině močálů. Židovka Debora, to je celé století se všemi neštěstími, předčasnými úmrtími, válkami a holokaustem. Se svou přívětivou umíněností, s níž zůstává po boku živých, aniž by zapomněla na mrtvé, se Debora stává životní osou, kolem níž se odvíjejí osudy ostatních postav vyprávění, především Tobiáše. Román začíná ve chvíli, kdy pětiletý Tobiáš v prudkém dešti bezhlavě šlape na tříkolce. V bezradném zoufalství ho otec poslal k čertu a on tam má namířeno. Od minulosti k přítomnosti pozvedá Sylvie Germainová tíhu, která doléhá na život každého člověka, a na pomoc si přivolává anděly.
Das Medusenkind
- 267pages
- 10 heures de lecture
Charlesi-Victorovi jednoho dne tragicky zemře bratr, ale zároveň se cítí i zrazen svými rodiči a jeho další životní osudy jsou vlastně jakousi mstou za tuto dávnou křivdu. Po osamělém a ponurém dětství na venkově se ocitne v květnové Paříži roku 1968, spáchá krutý zločin a vrací se do rodného kraje, kde po složitých peripetiích získá i jakési vykoupení za svůj hřích.
Pieseň neláskavých
- 256pages
- 9 heures de lecture
Pieseň neláskavých bol odmenený cenou RABT, špeciálnym ocenením francúzskych rozhlasových poslucháčov. Hlavnou postavou románu, tak ako v mnohých autorkiných dielach, je nepriazňou osudu postihnuté dievča – tentoraz sirota, ktorú hneď po narodení matka nechala na ulici. Sugestívne rozprávanie spočiatku bezmennej hrdinky príbehu, ktorý sa začína tesne po jej narodení cez druhú svetovú vojnu a končí sa v päťdesiatych rokoch jej života, nás zaujme – a nezriedka až očarí – poetickým jazykom, výtvarnou obraznosťou, ohromujúcimi víziami, ale aj krutosťou a násilnosťou niektorých scén.
Sara in der Nacht
- 223pages
- 8 heures de lecture
Dieťa medúza
- 244pages
- 9 heures de lecture
Dievčatko Lucie trávi pokojné a šťastné detstvo v malom mestečku v kraji Berry. Jej šťastie sa však rýchlo zrúti, keď sa jedného dňa stane obeťou Obra-ukrutníka, ktorý ju sexuálne zneužíva. Incest, nevšímavosť okolia, slepá materinská láska, citové, manželské a rodinné vzťahy hrajú hlavnú úlohu v tomto krutom príbehu, ktorý autorka stvárnila poetickým jazykom. Na vyjadrenie citového sveta hlavnej postavy v tejto zložitej životnej situácii využila Sylvie Germainová farebnosť a kompozíciu výtvarného diela, ktorého štruktúra sa prenáša do stavby literárneho textu.
Tobias
- 219pages
- 8 heures de lecture
Plačka pražských ulic
- 120pages
- 5 heures de lecture
Postava plačky, která se vřazuje o tradice pražských poutníků a chodců, jak ji ustanovil Angelo Maria Ripellino v monografii Magická Praha, je představena jako zhmotnění nářku, bolesti a strachu všech osamělých, nuzných, utiskovaných a umučených v pohnutých dějinách středoevropského prostoru. Ve dvanácti zjeveních získávají věci celou plnost svého jména a slova se proměňují vn živé substance. Tato jednota se stává východiskem pro transcendentní vykoupení ze všudypřítomného žalu a zmaru. Plačka kulhající mezi naším světem a nekonečnem je rozkývaným prostorem, v němž se neúnosné lidské neštěstí setkává s nezměrnou boží milostí.

















