Dans son sommeil, une jolie veuve assiste au saccage d'une église par deux fringants marquis. Ce rêve grandiose d'impiété lui procure une extase sans précédent. Elle met tout en œuvre pour revivre sa jouissance onirique. Un beau matin, on la retrouve poignardée dans sa bibliothèque, un étrange sourire de statue d'église sur les lèvres... Le jeune Colin le Bihot est un voleur. Il s'apprête à tuer puis à détrousser un marchand ventripotent quand, sous les traits de l'homme débonnaire, il découvre la Mort : à Colin de s'amender s'il veut garder la vie sauve... Parcours d'un criminel devenu un commerçant prospère et qui finira assassiné par le bandit de grand chemin qu'il était... Le recueil propose quatre nouvelles, autant de récits teintés de fantastique, dont les rouages minutieusement agencés suscitent le vertige du lecteur.
Philippe Claudel Livres
Philippe Claudel est un écrivain français dont les œuvres plongent dans les profondeurs de la psyché humaine, explorant des questions éthiques complexes. Son écriture se caractérise par une atmosphère suggestive et un aperçu psychologique pénétrant, entraînant les lecteurs dans des mondes distinctifs. Le style unique de Claudel délivre des émotions puissantes et des idées stimulantes. Son expression littéraire est une représentation magistrale de l'expérience humaine.







Petite fabrique des rêves et des réalités
- 286pages
- 11 heures de lecture
Rature
- 128pages
- 5 heures de lecture
Dans "Le Rature", un père se souvient de ses journées de pêche avec son fils, partagé entre nostalgie et espoir. Le récit évoque leur lien à travers des gestes simples et une connexion profonde avec la mer. Le père se demande si son fils, devenu pêcheur, reviendra un jour.
C'est un vieil homme debout à l'arrière d'un bateau. Il serre dans ses bras une valise légère et un nouveau-né, plus léger encore que la valise. Le vieil homme se nomme Monsieur Linh. Il est seul désormais à savoir qu'il s'appelle ainsi. Debout à la poupe du bateau, il voit s'éloigner son pays, celui de ses ancêtres et de ses morts, tandis que dans ses bras l'enfant dort. Le pays s'éloigne, devient infiniment petit, et Monsieur Linh le regarde disparaître à l'horizon, pendant des heures, malgré le vent qui souffle et le chahute comme une marionnette.
Parle-moi d'amour
- 120pages
- 5 heures de lecture
Femme : Les enfants ! Comme si tu les connaissais ! Tu t'en es préoccupé de tes enfants ? - Homme : J'ai toujours eu leurs photos sur mon bureau ! - Femme : Et c'est en les regardant en photo que tu les as élevés peut-être ? C'est toi qui les as torchés ? Tu t'es réveillé la nuit lorsqu'ils étaient malades ? Tu les as consolés quand ils pleuraient ? Tu les as emmenés au zoo, au cirque, au jardin d'enfants, au Luxembourg pousser des bateaux, faire du poney ? - Homme : Chaque année je faisais le père Noël ! - Femme : Tu l'as fait deux fois ! Et en plus tellement mal qu'ils t'ont reconnu tout de suite ! Et les anniversaires ? Tu étais là pour les anniversaires avec les copines et copains qui dévastaient systématiquement l'appartement, se gavaient de bonbons et vomissaient ensuite leurs chamallows dans tous les coins ? C'est toi qui t'es fait engueuler par les instituteurs, les professeurs, les principaux, les proviseurs ?
Je m'appelle Brodeck et je n'y suis 1 pour rien. Je tiens à le dire. Il faut que tout le monde le sache. Moi je n'ai rien fait, et lorsque j'ai su ce qui venait de se passer, j'aurais aimé ne jamais en parler, ligoter ma mémoire, la tenir bien serrée dans ses liens de façon à ce qu'elle demeure tranquille comme une fouine dans une nasse de fer. Mais les autres m'ont forcé : " Toi, tu sais écrire, m'ont-ils dit, tu as fait des études. " J'ai répondu que c'étaient de toutes petites études, des études même pas terminées d'ailleurs, et qui ne m'ont pas laissé un grand souvenir. Ils n'ont rien voulu savoir : " Tu sais écrire, tu sais les mots, et comment on les utilise, et comment aussi ils peuvent dire les choses (...). "
Les âmes grises
- 284pages
- 10 heures de lecture
"Elle ressemblait ainsi à une très jeune princesse de conte, aux lèvres bleuies et aux paupières blanches. Ses cheveux se mêlaient aux herbes roussies par les matins de gel et ses petites mains s'étaient fermées sur du vide. Il faisait si froid ce jour-là que les moustaches de tous se couvraient de neige à mesure qu'ils soufflaient l'air comme des taureaux. On battait la semelle pour faire revenir le sang dans les pieds. Dans le ciel, des oies balourdes traçaient des cercles. Elles semblaient avoir perdu leur route. Le soleil se tassait dans son manteau de brouillard qui peinait à s'effilocher. On n'entendait rien. Même les canons semblaient avoir gelé. - C'est peut-être enfin la paix... hasarda Grosspeil. - La paix mon os ! lui lança son collègue, qui rabattit la laine trempée sur le corps de la fillette."
Viens donc Jules, disait au bout d'un moment un buveur raisonnable, ne réveille pas les morts, ils ont bien trop de choses à faire, sers-nous donc une tournée... Et Grand-père quittait son piédestal, un peu tremblant, emporté sans doute par le souvenir de cette femme qu'il avait si peu connue, si peu étreinte, et dont la photographie jaunissait au-dessus d'un globe de verre enfermant une natte de cheveux tressés qui avaient été les siens et quelques pétales de roses à demi tombés en poussière. Il saisissait une bouteille, prenait son vieux torchon à carreaux écossais et, lent comme une peine jamais surmontée, allait remplir les verres des clients.
« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire. Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait ça et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits. On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur. Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée, ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète, pour tout dire clandestine. »
A la mort de sa mère, le narrateur revient sur les lieux de son enfance, dans une petite ville du Nord inondée par la crue d'une rivière. Durant les trois jours qu'il passera là surgissent les figures disparues, celle de la mère bien sûr, jadis aimée plus que tout, et celle plus inquiétante du père absent dont la légende dit qu'il est mort dans une guerre lointaine. Roman poignant où, par petites touches, Philippe Claudel explore l'amour filial avec une extrême délicatesse et une surprenante réserve.



