Flaubert a souvent affirmé que, dans ses récits, le « dessus » n’est qu’un prétexte aux « calculs du dessous ». Considérer le texte, à partir de matériaux linguistiques, idéologiques, psychiques et culturels, comme le résultat d’un procès de production du sens, tel était le présupposé fécond du colloque de Cerisy, La production du sens chez Flaubert , tenu en 1974 et publié dans la collection « 10/18 ». Consommant la rupture avec la critique universitaire, les intervenants (parmi lesquels R. Debray-Genette, C. Duchet, Sh. Felman, F. Gaillard, H. Mitterand, J. Neefs, J. Ricardou, J. Seebacher, M. Sicard, S. Yeshua) ont proposé des lectures plurielles de l’œuvre de Flaubert, empruntant divers chemins ouverts par la nouvelle critique, à la pointe de la réflexion sur la littérature. Quarante ans après, ces témoignages d’une forte vitalité intellectuelle méritent d’être réédités. La vogue de la génétique textuelle, la résurrection de l’auteur, le désamour actuel de la théorie ont certes déplacé les perspectives. Pourtant, s’il y a bien un ton d’époque, les communications (suivies de débats) n’ont guère vieilli. Car en s’intéressant au travail de l’écriture, à l’engendrement des formes, au tissage des énoncés, à l’entrecroisement des significations, leurs auteurs ont posé des questions qui restent aujourd’hui ouvertes, comme en attente d’une relance…
Claudine Gothot-Mersch Ordre des livres (chronologique)





folio2€: Le Dictionnaire des idées reçues
- 144pages
- 6 heures de lecture
"Il y a à parier que toute idée publique, toute convention reçue, est une sottise, car elle a convenu au plus grand nombre". Exergue du Dictionnaire des idées reçues - oeuvre inachevée aux multiples manuscrits -, cette maxime de Chamfort en donne le ton incisif. "Actrice", "mélancolie", "pédantisme", "voyageur", "candeur", "duel", "laboureurs", "religion"... Sur des sujets aussi variés, Flaubert y relève en effet pensées figées et lieux communs, traquant la vacuité avec une ironie mordante.
Œuvres complètes
Œuvres de jeunesse - Édition présentée, établie et annotée par Claudine Cotrot-Mersch et Guy Sagnes
- 1760pages
- 62 heures de lecture
Ce volume réunit les textes écrits par le jeune Flaubert entre 1831 et 1846, soit entre sa dixième et sa vingt-cinquième année. Il y a (au moins) deux manières de le lire.Premier parcours : «À la découverte d'un écrivain romantique». Toutes les formes que revêt le romantisme littéraire sont ici abordées - du conte philosophique, allégorique et fantastique au drame ou au récit historique, en passant par l'autobiographie -, et tous les thèmes : la mort, la folie, le désespoir, l'ivresse, le diable, etc.Deuxième parcours : «Comment Flaubert devint Flaubert». Dès les Narrations et discours, «l'attention de myope», ce goût du détail signifiant qui fera de lui un maître de la description, est à l'œuvre. Dans Une leçon d'histoire naturelle (genre «commis»), Bouvard et Pécuchet est en germe. Passion et vertu contient des passages rapportés d'un point de vue externe qui annonce la célébrissime scène du fiacre de Madame Bovary. Et quatre textes au moins proposent des scènes de bal qui montrent mieux que de longs discours comment sont construits les épisodes du bal à la Vaubyessard (Madame Bovary) ou du bal costumé chez Rosanette (L'Éducation sentimentale de 1869) : c'est chez le Flaubert romantique que prend naissance la «mystique du style» qui donnera les chefs-d'œuvre que l'on sait.
Bouvard et Pécuchet
- 285pages
- 10 heures de lecture
Avec chronologie, présentation, notes, dossier, et bibliographie par Stéphanie Dord-Crouslé. Précédé de Pourquoi aimez-vous "Bouvard et Pécuchet"?, un interview d'Eric Chevillard. Bouvard et Pécuchet vivent dans une société qu'ils ne comprennent pas et qui ne les comprend pas. Commis retraités à la campagne, au regard peu amène sur leur propre vie, ils décident candidement d'embrasser l'étendue des connaissances humaines, d'attaquer l'apprentissage du savoir universel. Dans un désordre composé de recueils d'anecdotes, de catalogues de jardinage, des oeuvres de Descartes et Spinoza, et d'ouvrages les plus divers d'auteurs dont l'histoire n'a même pas retenu le prénom, ils vont se confronter à bien des médiocrités humaines, la leur comprise. Ces deux cloportes - c'est ainsi que l'auteur lui-même les appelle - sont les "héros" d'un roman essentiel (et inachevé) de Flaubert, qui n'avait pas pour ses contemporains un regard d'une grande bienveillance et pratiquait allègrement la "chasse à la bêtise". Michel Tanner, dans une adaptation tout en dialogue et sans préoccupation de l'espace-temps, tente de nous convaincre que le propos n'a pas pris une ride. Avec succès ! Car des Bouvard et Pécuchet encombrent encore nos beaux paysages...
Poèmes barbares - édition de Claudine Gothot-Mersch
- 372pages
- 14 heures de lecture
«Les Poèmes barbares ouvrent à la poésie de nouveaux domaines. Comme Baudelaire, écrit Pierre Flottes, Leconte de Lisle crée un frisson : "le frisson des grandes inquiétudes cosmiques, des attentes d'apocalypse", et aussi "un frisson qu'on appellerait biologique, par quoi le poète se sent en communion obscure avec la vie de la bête et de la plante" ; il épouse les préoccupations de son temps, scientifiques et politiques (on trouvera par exemple dans les notices des poèmes maint renvoi au fouriérisme, auquel il adhéra dans sa jeunesse) ; il aborde la description de civilisations primitives avec une précision et un réalisme supérieurs à ce qu'on trouve dans La Légende des Siècles, et dans une forme irréprochable. Violence des actions et des sentiments, dureté du vers et de la syntaxe, barbarie du vocabulaire se conjuguent pour laisser au lecteur une impression de sauvagerie et de dépaysement peut-être unique.» [Claudine Gothot-Mersch]