En cette matinée du 11 septembre 2001, il y a, dans la main de Keith, masqué de cendres, criblé d'éclats de verre et revenu d'entre les morts dans l'appartement de son ex-femme, Lianne, une mallette qui ne lui appartient pas et que sa main de rescapé serre, mécaniquement, de toutes ses forces. Tandis que Keith se rapproche et s'éloigne d'une autre femme rencontrée dans l'enfer des tours, avant de décider de finir sa vie assis devant une table de jeu dans le désert de Las Vegas, Lianne dérive entre l'inquiétude que lui causent l'attitude farouche et réticente de son propre fils, l'atelier d'écriture pour malades d'alzheimer dont elle a la charge, l'Homme qui Tombe, ce performeur que la police traque, la santé de sa mère qui vit depuis des années une incompréhensible liaison avec un mystérieux Européen, marchand d'art toujours entre deux avions, entre deux univers... Affrontant, avec les seules armes de son art, un monde en morceaux dont la représentation s'est perdue avec les attentats du 11 Septembre, Don DeLillo donne à voir les ressorts brisés de la belle machine humaine - psychisme, langage et corps impuissant confondus. Voyage au cœur de l'ADN de notre histoire commune, exploration magistrale des effets et des causes d'une catastrophe, ce roman fraye le chemin d'une catharsis qui autorise à regarder en face le Mal dans tous ses inévitables et fulgurants avènements.
Marianne Véron Ordre des livres (chronologique)



Babel - 709: À lire la nuit
- 313pages
- 11 heures de lecture
Fut-il un héros ou un traître, cet oncle Eddie, volontaire de l'IRA, dont la légende familiale prétend qu'il disparut en 1922 dans l'explosion d'une distillerie ? A Londonderry, dans les années 1950, le jeune narrateur, troisième enfant d'une famille d'ouvriers qui en compte sept, vit sous le joug de ce secret de famille, entre une mère étroitement liée au mystère et un père tenu dans l'ignorance d'une vérité encore plus terrible que celle qu'il croit détenir. C'est par fragments que Seamus Deane restitue l'essence même d'une époque méfiante et troublée, dans une ville au tissu social déchiré par le conflit sanglant entre catholiques et protestants. Vibrant et pudique, son roman mêle magistralement peines familiales et violence politique et propose du "problème irlandais" une lecture lyrique et intime à la fois.
Les noms
- 368pages
- 13 heures de lecture
Les personnages de ce roman sont des Américains, employés par des multinationales qui essaiment dans les régions les plus névralgiques du globe. Entre aéroports et cités millénaires, ils apprennent à côtoyer la menace du terrorisme des années 1970. L'un de ces nouveaux nomades, entraîné par sa fascination pour une secte criminelle et par sa passion pour la mystique du langage, se livre à une périlleuse enquête qui donne peu à peu un double spectacle : celui de l'Amérique cherchant à s'expliquer le monde, et celui du monde apparaissant, à travers pérégrinations et péripéties, comme une tentative d'explication de l'Amérique. Avec Les Noms, publié en 1982 aux Etats-Unis, Don DeLillo imposait son impressionnante puissance visionnaire et signait un grand roman politique paranoïaque et labyrinthique.