Annie Ernaux est une écrivaine française dont l'œuvre explore les récits autobiographiques et la mobilité sociale. Elle se penche sur des thèmes liés à la vie en France, notamment la relation entre les origines sociales et le développement personnel. Son écriture se caractérise par une honnêteté brute et un regard analytique sur ses propres expériences de vie. Ernaux saisit magistralement la complexité des relations familiales et l'influence des circonstances sociales sur la formation de l'identité.
" Depuis des années, je tourne autour de cet événement de ma vie. Lire dans un roman le récit d'un avortement me plonge dans un saisissement sans images ni pensées, comme si les mots se changeaient instantanément en sensation violente. De la même façon, entendre par hasard La javanaise, J'ai la mémoire qui flanche, n'importe quelle chanson qui m'a accompagnée durant cette période, me bouleverse. "
Soeur aînée de Paul Claudel, Camille Claudel a vécu un destin hors du commun en tant que femme et artiste. Née en 1864 à Villeneuve-sur-Vère, elle s'installe à Paris à l'âge de dix-sept ans, déterminée à poursuivre sa vocation. Elle devient l'une des premières femmes acceptées dans un atelier de sculpture des Beaux-Arts. En 1883, elle rencontre Auguste Rodin, un maître beaucoup plus âgé et célèbre, qui devient son amant. Leur liaison passionnée et tumultueuse dure quinze ans, marquées par une intense créativité où l'influence artistique est réciproque. Camille, artiste visionnaire, connaît un certain succès jusqu'en 1905, exposant chaque année au Salon du Champ de Mars. Cependant, sa vie se dérègle lorsque Rodin la délaisse pour d'autres femmes, la poussant à la solitude. Des rumeurs circulent sur une possible liaison avec Debussy ou un enfant mystérieux de Rodin. Peu à peu, Camille sombre dans la déchéance, provoquant le scandale dans le Paris de son époque. En 1913, elle est arrêtée et internée pendant trente ans. Elle meurt en 1943 à l'asile de Montdevergnes. La postérité doit reconnaître Camille Claudel, tant pour son art que pour son statut de femme.
"Je n'ai jamais rien su de ses activités qui, officiellement, étaient d'ordre culturel. Je m'étonne aujourd'hui de ne pas lui avoir posé plus de questions. Je ne saurai jamais non plus ce que j'ai été pour lui. Son désir de moi est la seule chose dont je sois assurée. C'était, dans tous les sens du terme, l'amant de l'ombre.J'ai conscience de publier ce journal en raison d'une sorte de prescription intérieure, sans souci de ce que lui, S., éprouvera. À bon droit, il pourra estimer qu'il s'agit d'un abus de pouvoir littéraire, voire d'une trahison. Je conçois qu'il se défende par le rire ou le mépris, “je ne la voyais que pour tirer mon coup”. Je préférerais qu'il accepte, même s'il ne le comprend pas, d'avoir été durant des mois, à son insu, ce principe, merveilleux et terrifiant, de désir, de mort et d'écriture."
"Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un «cadre», mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c'est une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d'enseignante. Tout ce que l'on dit être la condition «normale» d'une femme."--Back cover
Ce récit ne parle pas d'un amour partagé, mais d'une passion amoureuse unilatérale. L'amant de la narratrice est marié, lui consacre peu de temps et semble considérer leur relation comme purement physique. Malgré cela, elle est obsédée par lui et attend avec impatience leur prochaine rencontre. Elle décrit son quotidien, où elle continue ses activités habituelles, mais tout semble teinté par cette attente : "À partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme." Cette passion se révèle complexe, marquée par un malentendu entre deux amants qui ne partagent pas la même vision de leur relation. La narratrice évoque une figure moderne d'Emma Bovary, évoluant dans une société où le sexe est omniprésent. Son personnage, à la fois touchant et irritant, incarne l'égoïsme et l'isolement que peut engendrer une passion dévorante. La tension entre ses désirs et la réalité de sa situation soulève des questions sur l'amour, le désir et la solitude dans un monde hédoniste.
Ma mère a été atteinte de la maladie d'Alzheimer au début des années 80 et placée dans une maison de retraite. Quand je revenais de mes visites, il fallait que j'écrive sur elle, son corps, ses paroles, le lieu où elle se trouvait. Je ne savais pas que ce journal me conduirait vers sa mort, en 86.
J'ai voulu l'oublier cette fille. L'oublier vraiment, c'est-à-dire ne plus avoir envie d'écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie, son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n'y suis jamais parvenue.
Yvetot, un dimanche d'août 1950. Annie, dix ans, joue dehors sur le chemin de la rue de l'Ecole, tandis que sa mère discute avec une cliente à proximité. La conversation révèle une confidence marquante : avant sa naissance, ses parents avaient une autre fille, morte à six ans de la diphtérie. Annie ne saura jamais rien de cette sœur inconnue et ne posera jamais de questions. Le silence, cependant, façonne l'identité d'Annie, construisant un récit autour de cette petite fille disparue. Les mots de sa mère, des photos, une tombe, des objets et un livret de famille contribuent à créer la fiction de cette "aînée" pour Annie, qui n'a accès qu'à des fragments de son existence. La question se pose : Annie est-elle autorisée à devenir ce qu'elle est grâce à la mort de sa sœur ? Bien que la première famille ait disparu, elle se reforme de manière identique, les histoires et les enfances se répétant de façon troublante. Pourtant, une distance infranchissable sépare les deux filles. En mesurant cette distance, l'auteur découvre le sens du mystère qui lui a été révélé ce dimanche-là, à l'âge de dix ans.
Histoire d'une adolescente comme les autres, qui cherche à communiquer, à comprendre. Mais rien, dans le langage de ses parents, de l'étudiant qu'elle a rencontré, dans les mots des livres même, ne coïncide avec la réalité de ce qu'elle vit et elle se trouve renvoyée à la solitude.
«Relisant ces pages, je m'aperçois que j'ai déjà oublié beaucoup de scènes et de faits. Il me semble même que ce n'est pas moi qui les ai transcrits. Ce sont comme des traces de temps et d'histoire, des fragments du texte que nous écrivons tous rien qu'en vivant. Pourtant, je sais aussi que dans les notations de cette vie extérieure, plus que dans un journal intime, se dessinent ma propre histoire et les figures de ma ressemblance.» Annie Ernaux.