« Je suis dans la chambre de ma mère ». Ainsi commençait la première page d'un roman publié à Paris en janvier 1951. L'auteur était un Irlandais inconnu qui écrivait en français. La presse saluait aussitôt l'apparition d'un grand écrivain : « Si l'on peut parler d'événement en littérature, voilà sans conteste un livre événement » (Jean Blanzat, le Figaro littéraire). L'avenir allait confirmer ce jugement. Dès l'année suivante paraissait, du même auteur, En attendant Godot, une pièce qui allait faire le tour du monde et même éclipser quelquefois ce premier roman. Et pourtant, Molloy reste un livre majeur dans l'œuvre de Samuel Beckett. Jean-Jacques Mayoux, trente et un ans plus tard, nous en offre une lecture encore enrichie par le temps.
Anti-romans Séries
Cette série plonge dans les profondeurs de l'existence humaine, explorant des thèmes tels que l'absurdité de la vie, la quête d'identité et l'inévitabilité de la mort. Avec une perspective intransigeante et souvent troublante sur le monde, ces œuvres défient les structures narratives traditionnelles. Elles offrent aux lecteurs un voyage introspectif à travers des dilemmes existentiels, où le langage et le style jouent un rôle aussi crucial que l'intrigue elle-même.




Ordre de lecture recommandé
Malone attend sa mort dans sa chambre exiguë, un crayon à la main. Il décrit son état et invente également une série de personnages, une autre vie au point d'oublier la frontière entre réel et imaginaire. Le voilà qui devient tour à tour ses personnages. A travers le personnage de Malone, l'auteur s'exprime sur l'acte d'écrire et sur la complexité des rapports entre un écrivain et sa création.
De même que Dante chemine de cercle en cercle pour atteindre son Enfer ou son Paradis, de même est-ce, chacun dans un cercle bien distinct, que Samuel Beckett situe les trois principaux protagonistes de sa trilogie, Molloy, Malone meurt et L'Innommable, afin qu'ils atteignent, peut-être, le néant auquel ils aspirent. D'un roman à l'autre, ce cercle est de plus en plus réduit. Le cercle imparti à l'Innommable se réduit à un point, c'est le trou noir au centre d'une galaxie, là où l'espace-temps se déforme, où tout est happé et s'engouffre sans pour autant disparaître. L'être qui réside en ce point est nécessairement sans nom puisqu'il s'agit de " je ", ce " moi " à jamais non identifiable. Figé, le corps de l'Innommable est incapable du moindre mouvement. Cependant il a " à parler ". Ses précédents personnages, Molloy, Malone et les autres passent et repassent, tournant autour de lui. Ils semblent avoir ourdi un complot pour le contraindre à continuer d'être, le forcer donc à continuer de dire. Alors l'Innommable va créer d'autres mondes, donner voix à d'autres lui-même. Les personnages qu'il devra " essayer d'être " - avec lucidité, mais sans jamais se départir de son humour -, seront tour à tour Mahood, homme-tronc fiché dans une jarre, puis Worm, visage indistinct qui n'est qu'oreille " tressaillante " et terrible inquiétude d'un unique " œil aux aguets ".
Dans le même esprit
Three Novels: Molloy, Malone Dies, the Unnamable
- 416pages
- 15 heures de lecture
Few works of contemporary literature are so universally acclaimed as central to our understanding of the human experience as Nobel Prize winner Samuel Beckett’s famous trilogy. Molloy, the first of these masterpieces, appeared in French in 1951. It was followed seven months later by Malone Dies and two years later by The Unnamable. All three have been rendered into English by the author.